Not dead yet monty python

Croyez-moi quand je vous dis que je suis la première surprise. Je pensais fermer ce blog mais la tentation de faire la maligne en parlant de bouquins était visiblement trop forte. Plus sérieusement, j’en étais arrivé au point où je ne pouvais plus rien lire sans me demander ce que j’allais en dire sur ce blog, ou ce qu’il fallait lire, et c’est agaçant. Et peu productif. D’où silence radio. Un peu plus sereine aujourd’hui, j’ai eu envie de faire un petit bilan de cette année 2016 ô combien peu réjouissante (Alan Rickman est toujours mort, David Bowie aussi, le monde part en quenouille, etc.).

Au palmarès des lectures que j’aurais pu et dû m’épargner

  • Retour à Oakpine, Ron Carlson. Comment on peut égrener autant de clichés et ressentir le besoin de publier, cela m’échappe…
  • La Porte de pierres, premier volet de la saga Le Chardon et le tartan de Diana Gabaldon. Outlander est un de mes plaisirs coupables, mais le livre est juste trop. mal. écrit. Ou mal traduit, je ne sais pas, mais disons qu’on perd le tartan au profit du chardon.
  • Indian Creek, Pete Fromm. L’homme face à lui-même et la nature sauvage. A priori, cela aurait dû me plaire… Je devais être de mauvaise humeur, j’ai abandonné en cours de route.
  • Paris est une fête, Ernest Hemingway. Peut-être par snobisme, j’ai toujours dit que je n’aimais pas Hemingway. Je confirme.

Quant au vrai bilan des lectures qui ont un tant soit peu compté…

David Vann, Impurs

david vann impurs dirtLoin des froidures humides de Sukkwan Island et Désolations, Impurs plante le décor dans une vallée aride de la Californie du Sud. Galen a 22 ans, aucune ambition mais beaucoup d’espoirs, dont celui d’échapper à sa famille. Une mère-enfant égoïste, une grand-mère sénile, une tante rongée par la jalousie et une cousine de 17 ans, cruelle et nymphomane, qui le hante… « Dysfonctionnelle » est un charmant euphémisme. Le protagoniste est un gamin arrogant, dont le cerveau brillant tourne en cage comme un hamster hystérique, nourri de philosophie orientalisante, et qui cherche le nirvana pour ne trouver que la fange de samsara. Un weekend en famille va précipiter le drame et rapidement « échapper à » se mue en « se débarrasser de ».
David Vann, c’est un genre de croisement entre Bret Easton Ellis par grand vent et Chuck Palahniuk un jour de gueule de bois magistrale. Brutal, concentré, traversé d’un humour grinçant qui s’exerce toujours à l’encontre de personnages que rien ne vient sauver. Personnages eux-mêmes détestables, psychés aberrantes poussées au-delà de leurs retranchements. Une écriture sèche, peu contemplative. Avec Impurs, l’auteur nous plonge dans les méandres d’un esprit malade entouré d’autres du même acabit. Quelques pages suffisent à comprendre que cela va finir en catastrophe mais la cruauté du dénouement parvient tout de même à impressionner. Si l’on ne se passionne pas pour le sort des personnages et que le salmigondis de philosophie New Age est lassant, l’engrenage est magistralement exécuté et l’on suit malgré soi, écrasé de soleil, de haine de soi et des autres, jusqu’au paroxysme.

 

Neil Gaiman, Trigger Warnings

neil gaiman trigger warningJe pense ne surprendre personne en rappelant que, même une liste de courses écrite par Gaiman, il est probable que je l’ai déjà lue il y a dix ans. Je préfère ses romans, mais c’est un nouvelliste charmant, au sens où ses nouvelles sont conçues comme des romans courts, avec des pleins et des déliés, et non des instantanés-uppercuts-à-la-mâchoire comme c’est plus souvent le cas. Je préfère les uppercuts, mais les nouvelles de Gaiman compensent le manque de tension ou de vertige par une profonde intelligence de conteur.
Cela dit, Trigger Warnings m’a un peu déçue. Peut-être parce que je ne comprends pas bien le rapport entre le titre et les différents textes. Ils n’ont pas grand-chose d’alarmant, même si ce sont de bons textes. Comme pour ses précédents recueils, et je sais qu’on peut trouver cela agaçant mais j’aime bien la logorrhée façon gamin hyperactif de Gaiman, les textes sont précédés d’un texte de présentation et surtout, surtout !, d’une excellente introduction. Ce qui me rend extrêmement curieuse de A View from the Cheap Seats, le recueil de non-fiction qui vient de paraître et sur lequel je n’ai pas encore mis mes petites pattes. Père Noël, si tu m’entends… Il prépare également un ouvrage sur les mythes nordiques, je me roule par terre d’impatience.

Jennifer Egan, Le Donjon

jennifer egan le donjon the keepQuelque part dans la campagne d’Europe de l’est, Danny, l’oiseau social new-yorkais, tente de ramasser les morceaux de sa vie en venant travailler pour son cousin Howard qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Sur place, un château en ruine que l’américain s’est mis en tête de transformer en hôtel, une poignée d’étudiants dévoués à la tâche et au visionnaire, une baronne folle qui s’est enfermée dans le donjon. Bien entendu, cela va mal finir…
Qu’avons-nous fait de nos rêves m’avait laissé une impression mitigée, et je suis au regret de constater que je suis toujours perplexe. Il s’agit du premier roman de l’auteur, publié sur la vague du second, et on y trouve déjà un sens particulier de la construction romanesque. On nous promet un huis-clos et une ambiance digne d’Ann Radcliffe : le projet serait de retravailler le roman gothique et ses multiples oubliettes. Un héros désemparé, d’autres perdus dans leurs illusions de grandeur, des nobliaux cyniques et fous à lier, la peur qui rôde dans les couloirs. En théorie, tout y est. En pratique, Egan explose sa narration, se contre-fout de ses personnages (et le lecteur avec elle) pour construire un concept, un jeu littéraire qui ne semble jamais crucial, bien que parfaitement exécuté. Malgré de singuliers plot twists qu’on ne voit pas du tout venir et une construction intelligente qui joue habilement sur les topos  de la cave et de l’errance à l’aveuglette, on flotte… et on s’ennuie.

 

Jack Kerouac, Tristessa

tristessa jack kerouacKerouac est un auteur que je cherche encore à saisir. Je reste sur une impression de délire imbibé d’aspirations rimbaldiennes, d’écriture qui ne s’impose aucune limite mais reste empreinte d’une forme d’énergie mâle basique qui ne me plaît pas forcément. J’admets que je connais mal – la faute à une lecture sans doute trop précoce et lointaine de Sur la route et sa traduction crispante (l’argot des années 40 traduit en 1960 passe mal, très mal). Et à tout prendre, je préfère Burroughs et Ginsberg. Tristessa, portait d’une femme aimée et perdue le temps d’une errance mexicaine, m’aura un peu réconciliée avec le père (putatif) du mouvement Beat.
Dans les rues de Mexico, les touristes américains se prennent pour Cortès et les femmes ont des allures de princesses aztèques déchues. Jack erre dans les ruelles puant la viande, les ordures, le sexe tarifé, dans le sillage de Tristessa à la silhouette étique. Il échoue dans des appartements miteux où la drogue doit révéler un coin d’âme insu. Il s’invente une madone qu’il refuse de toucher. Un an plus tard, la madone n’en finit pas de choir et d’échapper, réfugiée dans une solitude désolante, et le narrateur-auteur n’a de cesse de recréer un parcours mystique qui mêle l’amour à la mort. Plus que les conversations dilatées par l’alcool et les drogues, on retient un portrait de femme magnifique et insaisissable car toujours déjà perdue.

Bilan en demi-teinte, donc. Je m’énerve de lire mal ou top peu, mais je me soigne. Ma pile à lire, ou du moins ce qui n’a pas été dévoré par mon chien, me fait de l’œil et grossit un peu plus chaque jour. Affaire à suivre, donc.

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4 thoughts on “I’m not dead yet! I’m getting better! (petit bilan)”

  1. Je me pose moi aussi régulièrement la question de la façon dont le fait de tenir un blog modifie notre rapport à la lecture. C’est vrai que j’ai par moments l’impression d’une perte de spontanéité dans le plaisir de lire. Et en même temps, je trouve aussi que cela me rend plus attentive à ce que je lis. Je crois que je suis loin d’en avoir fini avec ces réflexions… Bon, en attendant, je note le Vann, les références à Ellis et Palahniuk sont alléchantes… et à bientôt j’espère !

  2. C’est exactement ça. J’avais commencé par arrêter le rythme un article/semaine, parce que c’est intenable et rapidement très fastidieux. On lit pour le blog, du moins en ce qui me concerne, ça me servait d’axe de lecture. C’est idiot. Cela étant, je ne lis plus de façon « ingénue » depuis que mes (lointaines) études de toute façon. C’est plutôt qu’il me semblait que mon attention était mal dirigée.
    Bon, par ailleurs, ces derniers mois je n’ai pas non plus eu de révélation de lecture qui m’aurait poussée à rédiger une chronique.

  3. J’ai bien apprécié certaines de vos critiques et j’ai noté quelques titres à feuilleter et à acheter pour découvrir des auteurs que je ne connais pas. Je viendrai ici de temps en temps pêcher quelques références. J’aime beaucoup Yoko Ogawa. Peut-être devriez-vous aussi explorer les quelques romans traduits de Banana Yoshimoto (Kitchen) . A bientôt.

    1. Merci de votre commentaire ! J’ai lu Kitchen il y a longtemps (ainsi que NP et Godbye Tsugumi, mais ils m’avaient moins marquée), bien avant de commencer ce blog – d’où son absence ici. Mais vous avez raison, ce serait une bonne idée de m’y replonger.

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