joyce maynard l'homme de la montagne

1978, près de San Francisco. Rachel, 13 ans, et sa petite sœur Patty passent leurs journées livrées à elles-mêmes dans la montagne et leurs soirées à guetter les trop rares apparitions d’un père qu’elles idolâtrent. Mais on découvre le cadavre d’une jeune fille et leur terrain de jeu devient le terrain de chasse d’un serial killer. Tandis que le nombre de victimes ne cessent de croître, tandis que les fillettes s’avancent d’un pas distrait vers l’adolescence et ses tracas, que leur père, officier chargé de l’enquête, s’épuise à la poursuite de l’Étrangleur du crépuscule, se met en place une tragédie qui s’étirera sur près de 30 ans, où se mêle polar, roman d’apprentissage et saga familiale.

Au départ du roman, une famille qui éclate. Deux fillettes qui n’aiment rien tant que passer leurs temps ensemble, fascinées par les petites manies l’une de l’autre, unies par l’amour aveugle qu’elles portent à leur père. L’inspecteur Torricelli, l’homme qui fait succomber les femmes et charment les suspects, à moins que ce ne soit l’inverse, qui chante Dean Martin en préparant une sauce marinara avant de s’envoler au volant de son Alfa Romeo. Le cliché est assumé, passons. Une mère neurasthénique depuis son divorce qui ne quitte sa chambre et ses cigarettes que pour se rendre à la bibliothèque, laissant ses filles à leur imagination débridée. Un pied dans l’enfance, elles inventent des mystères et des ruses, mènent des enquêtes un peu folles sur leur voisin et parlent, parlent, parlent de ces êtres mystérieux entre tous : les garçons. Le sexe. Deux petits éternels féminins en devenir, exactement ce qu’on pourrait en attendre. La mort rôde dans la montagne mais ce n’est jamais, au début, qu’un mystère de plus à détricoter les jours trop chauds d’été. Tous ces cadavres de jeunes filles violées et assassinées viennent nourrir leurs obsessions de préadolescentes, Rachel en fera un marchepied vers la vie sociale, ravie d’être la fille du héros chargé de l’enquête et de pouvoir distiller des informations aussi confidentielles que fausses auprès de ses camarades. Elle devient fréquentable, intègre le groupe très en vue des filles qui mettent du vernis à ongle, se laisse peloter dans les caves par le garçon cool de l’école, délaisse sa petite sœur. Classique. Beaucoup trop classique. L’auteur passe un temps certain, orné d’un lyrisme un peu lourd, à détailler cette merveille qu’est la Fille de 13 ans, toute à son angoisse existentielle de ne pas avoir de seins ni de menstruations (je voudrais qu’on m’explique cette passion des écrivains féminins pour le sang menstruel). On comprend bien, en quelques pages, que ce roman sera d’apprentissage avant d’être un thriller, que tout l’enjeu est de montrer comment le monde vient aux filles, comment elles dépassent leur Œdipe et acceptent que papa n’est pas un surhomme. Comment elles peuvent être cruelles et stupides et terrifiées et désireuses de bien faire. La Fille de 13 ans est un tel mystère qu’elle a des visions, elle voit l’assassin en rêve (ce point d’intrigue était-il bien nécessaire ?). Persuadée de détenir la clé de l’énigme, Rachel échafaude un plan pour aider son père dont l’enquête s’enlise. Évidemment, cela ne se passe pas comme prévu et Rachel commence à comprendre que toute action génère des conséquences, graves en général. Toujours trop classique à mon goût, trop long, trop lourd. Si la narratrice est un personnage convenu dont on se désintéresse rapidement, son père est construit de façon plus fine, aperçu en coup de vent, à travers les yeux de ses filles, des femmes qu’ils fréquentent, voire des ses apparitions télévisuelles, de plus en plus douloureuses au fur et à mesure que l’enquête piétine. Le héros tombe de son piédestal pour faire place à un homme abîmé qui ne se ressemble plus, une victime de plus à sauver. En toile de fond, la métaphore très lourde de l’assassin qui vient mettre un terme sanglant (on y revient) à l’enfance des petites filles. Le roman sombre lentement dans un drame poussif aux ficelles prévues pour tirer les larmes – la dernière partie, située trente ans plus tard est en ce sens pénible à lire. On s’ennuie ferme devant tant de malheur et les retournements de situations sont au mieux ennuyeux, au pire grotesques. Je suis d’habitude friande d’intrigues psychologiques pleines de nuances d’âmes, elles sont ici étouffantes. Joyce Maynard explique tout, en détails soulignés au Stabilo fluo, sans laisser au lecteur la moindre chance au lecteur de progresser par lui-même, de déceler les clés de lecture. C’est en définitive ce qui m’a le plus gênée et je crains que ce ne soit un invariant de style.

De Joyce Maynard, je ne connaissais guère que sa liaison avec Salinger et Last Days of Summer, le film d’Ivan Reitman tiré de Long weekend. Autant dire rien. Cet Homme de la montagne, acclamé comme son-roman-le-plus-abouti, m’a semblé un bon début. Au final, Joyce Maynard ne parvient qu’à illustrer l’adage « qui trop embrasse, mal étreint ». Je sens que je suis dure et j’avais l’œil sur Baby Love, récemment paru en poche, je vais sans doute persévérer. Après tout, j’ai bien supporté trois Laura Kasischke, je dois pouvoir lire un deuxième Maynard. Mais je vais attendre d’avoir digéré celui-là, déjà.

 

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2 thoughts on “LOUPÉ ! – Joyce Maynard, L’Homme de la montagne”

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