Lectures d'automne fantômes et hantises

Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d’un linceul trempé qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s’écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu’elle était morte. elle était jeune et belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres.

Bram Stoker, La Dame au linceul

 

Raclement de chaînes et longues plaintes, portes grinçantes, jeu d’ombres dans la poussière… De tout l’arsenal de la littérature fantastique, le fantôme m’est le plus cher. Je trouve fascinante l’idée d’en être réduit à une obsession, desséché tout autour, de ne plus exister que pour parcourir mille fois le chemin parcouru. De n’être plus que la somme de ses erreurs, ses manques, ses catastrophes. De nier complètement le concept selon lequel la vie humaine est un progrès. J’aime le fantôme, pauvre chose triste, vieux souvenir mal enfermé, mal embouché. Il m’a semblé logique, en ce Jour des Morts, de conclure la présidence d’octobre par une liste sur le thème de la hantise.

henry james le tour d'écrouHenry James, Le Tour d’écrou. Ouvrons le bal avec un classique du fantôme qui fait la preuve par l’exemple que le doute est un ressort narratif d’une redoutable efficacité. Au fin fond de la campagne anglaise, une jeune préceptrice se retrouve chargée de l’éducation de deux enfants jusqu’alors abandonnés aux domestiques. Son incapacité à nouer avec eux une relation de confiance serait-elle liée aux ombres non-mortes des précédents tuteurs, le dangereux Peter Quint et la glaçante Miss Jessel, ou s’agit-il de tout autre chose? Avec « Le puits et le pendule » de Poe, une des rares oeuvres qui m’a mise réellement mal à l’aise.

 

susan hill la dame en noirSusan Hill, La Dame en noir. Un manoir perdu au milieu des marais, un veuf éploré, des enfants massacrés et une apparition rien moins que sympathique : sur des motifs archi-connus, une bonne histoire de fantômes et de maison hantée dans l’Angleterre victorienne. Vous avez peut-être vu le film sorti en 2012, il est toujours intéressant de comparer. Dans le cas contraire, on frissonne gentiment et on se ressert une rasade de gin – ou de thé.

 

Clive Barker Coldheart CanyonClive Barker, Coldheart Canyon. J’ai déjà chroniqué ce livre, je persiste et signe. Une star de cinéma déchue va chercher le repos dans une demeure désertée ayant appartenu à une starlette des années 20. Sur les hauteurs de Hollywood, rien ne meurt jamais et les fantasmes d’hier sont les abominations d’aujourd’hui. L’atmosphère est malsaine, l’histoire toute en méandres, le sexe marche de concert avec la magie noire pour donner naissance aux plus improbables cauchemars. Malgré quelques longueurs, une lecture obsédante.

 

Joyce Carol Oates HantisesJoyce Carol Oates, Hantises : histoires grotesques. J’ai déjà dit ailleurs que le fantastique le plus efficace n’est pas dans la surenchère d’étrange et de surnaturel, mais dans l’équilibre du probable et de l’impossible. Les 16 nouvelles de ce recueil repose sur le principe de la réalité subjective, dont nous savons bien qu’elle produit les plus terrifiantes chimères. Une dame comme il faut tombe nez à nez avec la maison de poupées de son enfance, mais grandeur nature. Un homme tente de tuer la chatte blanche qui lui fait horreur et revient sans cesse. Fantômes? Psychés folles? À noter, une réécriture en contrepoint du Tour d’écrou de James, plus violente et plus sexuée (ce qui n’est pas difficile, certes).

 

Sarah waters affinitésSarah Waters, Affinités. Le cadre chéri de l’auteur, le Londres victorien, et ses intrigues teintées (voire bien colorées) de lesbianisme : une dame patronnesse visiteuse de prison se prend de curiosité pour la détenue Selina Dawes, avant de découvrir le pouvoirs de médium de la jeune femme. Apparitions, manipulation, bas-fonds en pleine folie du spiritisme. Sans doute pas le meilleur roman de l’auteur (bien moins brillant que Du bout des doigts, par exemple), mais de quoi passer d’agréables soirées.

 

Histoires de fantômes présenté par roald dahlHistoires de fantômes, une anthologie présentée par Roald Dahl. Une de mes premières rencontres surnaturelles. Huit histoires de fantômes diversement terrifiantes, un balayeur fantomatiques, une couchette de train hantée, des camarades de jeu décédés depuis des lustres… Il est peu de motifs plus terrifiants que celui de l’enfant fantôme. En particulier, la nouvelle « Harry » de Rosemary Timberley (également présente en Biblio dans l’anthologie Un bouquet de fantômes) : une mère de famille s’inquiète de l’ami imaginaire de sa fille adoptive de cinq ans, avant d’apprendre la vérité sur la fillette. J’avais 10 ans, j’ai très mal dormi… Je l’ai relue il y a peu, avec les même effets.

 Voilà, j’espère, de quoi ouvrir gaiement le mois de novembre. La prochaine fois, si vous le voulez bien et histoire de nous remettre du baume au coeur – ou pas, nous parlerons princesses narcoleptiques, grands méchants prédateurs et marraines fées indignes.

 fantome se saisissant d'un homme daguerrotype

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