Nabokov Literature was born the day when a boy came crying wolf and there was no wolf behind him

Literature was born not the day when a boy crying wolf, wolf came running out of the Neanderthal valley with a big gray wolf at his heels: literature was born on the day when a boy came crying wolf, wolf and there was no wolf behind him. That the poor little fellow because he lied too often was finally eaten up by a real beast is quite incidental. But here is what is important. Between the wolf in the tall grass and the wolf in the tall story there is a shimmering go-between. That go-between, that prism, is the art of literature.
Literature is invention. Fiction is fiction. To call a story a true story is an insult to both art and truth. Every great writer is a great deceiver, but so is that arch-cheat Nature. Nature always deceives. (…)The writer of fiction only follows Nature’s lead.
Going back for a moment to our wolf-crying woodland little woolly fellow, we may put it this way: the magic of art was in the shadow of the wolf that he deliberately invented, his dream of the wolf; then the story of his tricks made a good story. When he perished at last, the story told about him acquired a good lesson in the dark around the camp fire. But he was the little magician. He was the inventor.

Vladimir Nabokov, Lectures on Literature, 1948

Traduction personnelle et approximative :

La littérature est née non pas le jour où un garçon criant « au loup, au loup » s’est rué hors de la vallée de Neandertal, un grand loup gris sur les talons : la littérature est née le jour où un garçon est arrivé en criant « au loup, au loup », et qu’il n’y avait aucun loup à ses trousses. Le fait que le pauvre petit bonhomme, parce qu’il avait trop souvent menti, ait été avalé par une vraie bête sauvage est presque un détail. Mais voici ce qui est important. Entre le loup caché dans l’herbe haute et le loup de l’histoire immense scintille un entre-deux. Cet entre-deux, ce prisme, c’est l’art littéraire. La littérature est invention. La fiction est fiction. Appeler une histoire « histoire vraie », c’est faire injure à la fois à l’art et à la vérité. Tout grand écrivain est un grand illusionniste, mais la Nature, ce maître menteur, l’est tout autant. La Nature ne cesse de tromper. […] L’écrivain ne fait que suivre la voie tracée par la Nature. Pour en revenir à notre petit homme des bois aux histoires de loup farfelues, on pourrait dire cela de la sorte : la magie de l’art résidait dans l’ombre du loup qu’il avait délibérément créé de toutes pièces, dans son loup rêvé. Le récit de ses tours devint ensuite une bonne histoire. Quand il finit par trouver la mort, son histoire acquit une morale à raconter le soir autour du feu de camp. Mais c’était lui le petit magicien. C’était lui l’inventeur.

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